Il y a 80 ans, l’Espagne franquiste assassinait Lluís Companys, président de la Catalunya en exil.

Le 15 octobre 1940, sur les hauteurs de Montjuic, à Barcelone, un homme est fusillé par les troupes franquistes, vainqueurs de la guerre civile. Cet homme, qui crie Per Catalunya! avant de s’effondrer, est Lluís Companys, le président de la Generalitat de Catalunya. Républicain convaincu, son histoire est indubitablement liée à celle de la Deuxième République espagnole et de la guerre civile qui suivit le coup d’État militaire de Francisco Franco.

Le 14 avril 1931, sont proclamées à quelques heures d’intervalle deux républiques, la République catalane par Francesc Macià, et la République espagnole depuis Eibar, Euskadi. Trois jours plus tard, Macià accepte finalement la création d’un gouvernement autonome catalan à l’intérieur de la République espagnole. C’est la naissance de la Generalitat, à la tête de laquelle Lluís Companys succède à Macià le 1e janvier 1934, après avoir occupé le poste de président du Parlament.

La victoire des forces réactionnaires lors des élections de novembre 1933 entraine la jeune République dans un tournant répressif et de contrôle des organisations de gauche. L’entrée de ministres de la CEDA (Confereración Española de Derechas Autónomas) au gouvernement au début du mois d’octobre 1934 fait s’embraser le pays. Une grève insurrectionnelle éclate dans les Asturias le 5. Le lendemain, pensant provoquer un soulèvement populaire qui défendrait son initiative, Companys proclame l’État catalan dans la République Fédérale espagnole. Malheureusement, la répression de l’État central ne se fait pas attendre. La Generalitat est suspendue et le gouvernement catalan arrêté et emprisonné pour rébellion.

Le Front populaire, victorieux des élections de 1936, s’empresse de libérer les prisonniers politiques et de rétablir les institutions autonomes catalanes. Près de 700 000 personnes accueillent Lluís Companys à sa sortie de prison. Du haut du balcon du Palau de la Generalitat, le président réhabilité prononce cette phrase devenue célèbre : « Tornarem a sofrir, tornarem a lluitar, tornarem a vèncer ».

Le 18 juillet 1936, Franco entre en Espagne par le sud à la tête de l’armée du Maroc. Ainsi débute la guerre civile. Malgré une résistance héroïque, notamment lors de la bataille de l’Ebre à l’été 1938, Barcelona tombe le 26 janvier 1939, entrainant l’exil massif des Républicains fuyant l’avancée des troupes franquistes et leurs atrocités, épisode connu sous le nom de retirada. Le 10 février, les troupes franquistes font leur jonction sur la frontière franco-espagnole, la Catalogne est tombée. L’autonomie est supprimée, et l’usage du catalan est interdit.

Lluís Companys, ne se faisant guère d’illusion sur son sort si les militaires lui mettent la main dessus, fait partie de ces quelques 500 000 personnes qui fuient par les Pyrénées afin de trouver refuge en France. Accompagné de cinq conseillers, il organise à Paris le Consell Nacional de Catalunya, gouvernement légitime en exil. Face à l’arrivée des Nazis, le Consell est transféré à Londres le 14 juin 1940. Mais Companys, à la recherche de son fils, refuse de quitter le territoire français, où il est arrêté le 13 août par la Gestapo et la police française (l’Allemagne et la France demanderont pardon par la suite aux Catalans), et remis aux autorités espagnoles. Condamné le 14 octobre pour haute trahison par un tribunal militaire lors d’un procès expéditif, il est torturé puis assassiné le lendemain à Barcelone, son corps jeté dans la fosse commune du Fossar de la Pedrera.

Grande figure du mouvement indépendantiste catalan et symbole de la répression exercée par l’État espagnol, il est à ce jour dans l’histoire de l’Europe le seul président d’un gouvernement démocratiquement élu à avoir été exécuté.

 

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