Chi Weu, un occitan de Dacs a las Canarias

 

E’t pòts presentar e contar lo ton camin despuish las Lanas ?

Adishatz ! Je suis Chi Weu, c'est mon pseudo, certains me connaissent peut-être, je mixais de la musique latino au Pit pendant les fêtes de Dax. J'ai 33 ans. Je suis un touche à tout, j'ai arrêté les études dès le bac, j'ai fait pas mal de boulots différents et pas forcément passionnants : ouvrier, intérim, manœuvre en chantier ou en usine et d'autres. A côté de ca j'ai toujours eu pas mal d'activités comme la musique, le rap avec le groupe P2R PROD puis la musique latine. J'ai aussi milité pas mal avec le DAL de Dax, à l'époque des enfants de Don Quichotte, puis sur Abesse à Saint Paul lès Dax avec les Loups de Cayenne, et pas mal d'autres actions surtout au niveau de Dax. J'ai ensuite voyagé pas mal depuis 2010, en Amérique Latine, surtout Chili et Argentine, puis Bolivie et Pérou vite fait. J'ai vécu un an à Berlin, ma compagne est de là-bas, j'ai fait aussi du woofing un moment en Catalogne et au Pays-Basque sud. Et maintenant depuis deux ans et demi je suis basé à Tenerife dans les îles Canaries.

Qué hès a las Canarias ?

Je suis arrivé ici en 2016, vu que ma compagne et moi sommes hispanophones et qu'on recherchait un endroit qui rapelle l'Amérique Latine, mais plus proche de l'Europe. En ce moment je suis maraicher bio à Icod de los Vinos, au nord de Tenerife sur un terrain que j'avais déjà cultivé en 2016 en tant que volontaire dans une association qui mélangeait culture et agriculture. J'ai aussi fait du bâtiment, de la rénovation, pendant un an, pour moi, j'ai appris pas mal de choses. Maintenant mon projet c'est de développer ma ferme, que j'ai d'ailleurs renommée "Finca Gasconha", de cultiver et de vendre des paniers directement aux clients, de faire des expériences. J'ai pas mal d'idées, à voir ce qui se fera ces prochaines années. J'ai aussi toujours dans un coin de la tête des projets dans la musique, je collabore de temps en temps avec un pote qui produit de l'électro tropical. J'attends quand même d'avancer dans ma ferme avant de me remettre plus à fond dans la musique, y'a du boulot !

Quin vivan la crisi los Canarians?

L'activité économique reprend peu à peu, il y a surtout du boulot pour ceux qui travaillent dans le tourisme, au sud de l'île en particulier. C'est du tourisme de masse là-bas. Du coup pas mal de gens du nord, d'ou je suis, vont travailler tous les jours au sud, faire beaucoup d'heures pour un salaire bas. En fait je suis arrivé après le gros de la crise, mais c'est vrai qu'il y a toujours un taux de chômage énorme, certains cultivent la terre familiale, d'autres pèchent. Ici ils ont voulu mettre le paquet sur le tourisme et lorsqu'il y avait de l'argent beaucoup travaillaient dans le bâtiment ou le tertiaire et vivaient bien. Lorsque le vent tourne c'est plus compliqué, parce que l'île est loin d'être auto-suffisante, elle dépend trop du continent et du tourisme, elle est très peuplée et elle s'est coupée de sa base rurale et paysanne. Il y a un déséquilibre dans la société. C'est dur de gagner sa vie convenablement, heureusement que l'esprit de famille est encore très présent, comme la vie sociale importante.

L’Estat Espanhòu qu’ei hart de moviments independentistas. E’n coneishes ?

Il y a forcement un sentiment indépendantiste, on est sur des îles plus proches de l'Afrique que de l'Espagne. Malgré ça il est beaucoup moins développé qu'en Catalogne ou au Pays Basque. La population ici est très métissée, il y a une base canarienne mais aussi beaucoup d'Européens, de métropolitains, de latinos, du coup ca donne un mélange génial, mais pas forcement pour revendiquer une quelconque indépendance, et puis même si le canarien a un castillan particulier, il n'a pas sa langue propre. Par contre la fierté d'être canarien et de défendre sa culture, ça oui on le ressent beaucoup, surtout au nord de Tenerife, beaucoup plus authentique et moins touristique, mais ces canariens là ne ressentent pas le besoin d'être indépendant, ils vivent leur culture dans un Tenerife rural, ils s'en contentent. Il y a aussi quelques partis politiques indépendantistes, de droite ou de gauche. Le parti de centre-droit Coalicion Canaria a beaucoup de pouvoir mais je ne le vois pas d'un bon oeil, trop élitiste et dans le délire petits arrangements entres amis. Du coup les indépendantistes que je connais le plus sont les supporters du Frente Blanquiazul du club de foot CD Tenerife. Ils sont clairement indépendantistes et de tendance libertaire et se revendiquent africains et défendent un certain esprit guanche* disons. Ils font pas mal de trucs en dehors du foot, comme par exemple dans l'anti-racisme, contre l'homophobie et le machisme, l'accueil des immigrés et son assez virulents envers l'Espagne. J'étais au stade avec ce groupe à l'époque du référendum en Catalogne, Tenerife jouait contre un club catalan et certains spectateurs avaient amené des drapeaux espagnols. Les gars du Frente et certains autres spectateurs ont commencé à arracher les drapeaux espagnols, la police est entrée dans le stade, les chants du groupe étaient clairement indépendantistes et une partie du public suivait. J'ai senti un clivage dans le stade. On va dire que je me sens plus proche du Frente que de Coalicion Canaria (rires) !

Quau ei lo ton rappòrt a la lenga occitana ? Tot expatriat qui ès, e la volerés apréner e transméter ? E pensas tornar un dia au Pais ?

A la base j'ai un rapport faible avec la langue, comme pas mal de gamins de Dax et des Landes, bien sûr qu'on a des restes de gascon dans le parler de tous les jours mais on ne s'en rend pas compte. Ma grand-mère le parlait mais uniquement dans le cadre familial avec ses frères et soeurs, lorsqu'elle allait en Chalosse. Jamais avec ses nombreux enfants. Elle a beaucoup vécu en ville à Pau et Dax et parler autre chose que le francais était mal vu. Du coup la transmission s'est perdue. Par contre j'ai toujours été attaché à ma région, et en tant que curieux j'ai réappris l'Histoire, j'ai lu d'autres versions que scolaire sur la Gascogne, les Landes, les bergers, les paysans, l'attitude autoritaire de la France, sa stratégie pour franciser le territoire, le manque de respect envers les landais, etc. Aujourd'hui je me revendique gascon lorsque je voyage, et le fait de ne pas parler la langue occitane renforce le sentiment d'avoir été volé de quelque chose. Aujourd'hui j'ai envie de l'apprendre et encore plus depuis l'époque du Pit, qui nous manque beaucoup aux fêtes de Dax ! Par contre depuis les Canaries c'est forcement plus compliqué, j'ai trouvé un bon site sur internet, je m'y mettrais quand j'aurai du temps. Il faudrait que je me trouve de quoi lire, des livres, des musiques. Pour mon fils on verra, pour l'instant il va avoir à gérer le francais, l'espagnol et l'allemand ! Au début je veux surtout partager avec lui d'où je viens et la culture et l'histoire du pays. Pour l'instant je suis bien ici à Tenerife, même si bien sûr les Landes me manquent, la famille et les potes, la bouffe, etc. Mais ce que je construis ici je n'ai pas été capable de le faire là-bas, et il faut l'avouer je commençais à en avoir marre de la France, de cette mentalité de plus en plus fermée, de batailler avec le pôle emploi et de voir que mes projets ne se réalisaient pas. Ici je suis tranquille, je vois la mer et le volcan tous les jours, les gens sont tranquilles, tout le monde se parle, les petits villages vivent, les bistros ne sont pas en voie de disparition, je n'ai pas de chef, je peux cultiver et vendre sans qu'on me demande tel ou tel diplôme, et dans les fêtes pas de musique nase des années 80 mais de la cumbia et du merengue (rires). Donc pour le moment, je suis un gascon immigré, mais par son bon vouloir !

*guanche : los Guanches qu’èran los purmèrs poblants de las islas Canarias coneishuts.

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